1- Pouvez-vous vous présenter s’il vous plait ?
Par désir de rester anonyme, je suis P.B., avocat de par ma profession actuelle, ayant eu un parcours scientifique avant d’embrasser le Droit.
2- Parlez-nous de votre parcours académique
Après un baccalauréat, série C4 (Mathématiques, sciences physiques) obtenu en 2007, j'ai embrassé les études de Droit sanctionnées par: • une Licence en Droit privé obtenue à l'Université de Lomé (Togo), • une maîtrise (BAC + 4) en Droit des affaires et Carrières judiciaires obtenue à l'Université d'Abomey-Calavi (Cotonou, Bénin) • un Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (CAPA) obtenu à l'université de Lomé. Outre ma formation de juriste, je suis titulaire d'un Master 2 en Administration des entreprises délivré par l’Institut d’économie et de management (IEMN-IAE) de l’Université de Nantes (France).
3- Parlez-nous de votre parcours professionnel
Je suis nanti d’une expérience professionnelle diversifiée de plus de huit (8) ans acquise aussi bien en cabinet d’avocats (6 ans), en entreprise (6 mois) que dans l’administration publique (2 ans). Depuis Août 2019, j'ai rejoint l’équipe de l'une des plus importantes sociétés d’Avocats du barreau du Togo où j'interviens dans la recherche et le conseil juridiques ainsi que dans la gestion des dossiers contentieux en rapport à différentes matières telles que le droit des affaires OHADA (procédures de recouvrement, droit commercial général, droit des sociétés, droit des sûretés…), le droit social, le droit des obligations et responsabilités, le droit de la famille, le droit foncier et immobilier. Depuis ma prestation de serment, j'ai le privilège d'exercer au sein du même cabinet la profession d’avocat.
4- Pourquoi un bac scientifique pour une faculté de droit à la fin ?
Comme je l'ai dit tantôt, je suis aujourd’hui avocat stagiaire au Barreau du Togo. Mais ma rencontre avec le Droit n’a point été un coup de foudre. Vous conviendrez avec moi qu’après un baccalauréat C4, une série prioritairement orientée vers les sciences mathématiques et physiques, faire des études de Droit n’est pas le choix le mieux indiqué. En effet, après l’obtention de mon BAC, je rêvais naturellement des études d’ingénierie en télécommunications ou en informatique ou encore en génie électrique. Quel ne fut le choc émotionnel, lorsqu’un doyen influent de la famille m’a recommandé, après étude de mon dossier, les études de Droit. Il soutenait alors ce choix par les raisons suivantes: D’abord, mon aisance dans les matières littéraires ; ensuite mes aptitudes dans le raisonnement et dans l’expression orale et écrite ; enfin, les opportunités que pouvaient offrir les études en Droit en l’occurrence en Droit des affaires. Au départ, je n’ai bien évidemment pas adhéré à cette idée. Mais face à l’impossibilité d’obtenir une bourse pour étudier à l’étranger, ce qui était mon rêve ; face aux difficultés de mes parents à m’inscrire dans une école privée pour étudier l’informatique ou les télécommunications et enfin suite à l’échec au concours d’entrée à l’Institut National Supérieur d’Ingénierie (INSI), je me suis laissé convaincre par cette recommandation, non sans frustrations. Pourquoi avoir gaspillé tant d’énergie et de temps à étudier les sciences au Lycée pour finir par étudier le Droit ? Quel gâchis ! Telles étaient les interpellations et parfois les invectives auxquelles j’ai dû faire face en faisant ce choix. Mais j’ai très tôt compris qu’il valait mieux se laisser guider par son destin. Ne dit-on pas que l’intelligence est la capacité de s’adapter aux nouvelles situations ? J’ai alors découvert une matière certes exigeante, mais intellectuellement passionnante. Je n’ai pas tardé à m’adapter au jargon et au raisonnement juridiques. Peu à peu, je me suis forgé un profil professionnel auquel j'aspirais : devenir Juriste d’entreprise ou avocat d’affaires. C’est cette ambition qui a constitué le fil d’Ariane de tout mon cursus universitaire et professionnel. Aujourd’hui, j'exerce la profession d'avocat, dans l’un des plus grands cabinets d’avocats d’affaires de la place, et je crois que c’est le début d’une belle et grande aventure professionnelle.
Depuis le 1er janvier 2015, l'accès et l'exercice de la profession d'avocat sont réglementés dans tous les États membres de l'UEMOA via le Règlement N°05/CM/UEMOA relatif à l'harmonisation des règles régissant la profession d'avocat dans l'espace UEMOA adopté le 25 septembre 2014. A la lecture, dudit Règlement que l'accès à la profession d'avocat comporte trois étapes phares : • L'obtention du Certificat d'Aptitude à la Profession d'Avocat (CAPA) Il est institué dans chaque Etat membre de l'UEMOA, un examen pour l'obtention du Certificat d'Aptitude à la Profession d'Avocat (CAPA). La préparation à l'examen du CAPA et l'organisation de cet examen sont assurées par le centre de formation professionnelle des Avocats dont les les modalités de création et de fonctionnement sont définies par chaque Barreau. Le candidat à l'examen du C. AP.A doit remplir les conditions suivantes: • être ressortissant d'un Etat membre de l'Union; • être titulaire d'un Master Il en droit reconnu par le Conseil Africain et Malgache de l'Enseignement Supérieur (CAMES) ou d'une Maîtrise en droit ou tout diplôme équivalent; • La prestation de serment Les postulants doivent, avant d'être admis au stage et sur présentation du Bâtonnier de Ordre, prêter serment devant la Cour d'Appel. • L'admission sur la liste du stage Le stage est la période probatoire au cours de laquelle l'avocat stagiaire, aux côtés d'un maître de stage, découvre et approfondit par la pratique, les usages de la profession. Cette période dure trois (3) ans à compter de la prestation de serment. Peut demander son inscription sur la liste de stage d'un Barreau de l'espace, toute personne: • Titulaire du Certificat d'Aptitude à la Profession d'Avocat (CAPA) reconnu dans l'espace UEMOA, • Possédant la nationalité d'un État membre de l'UEMOA, • agée de 21 ans au moins. Elle doit être de bonne morale • Disposant d'une attestation délivrée par un Avocat inscrit au tableau ayant prêté serment depuis au moins sept (7) ans portant engagement d'assurer dans son cabinet la formation effective du stagiaire. Toutefois, sont dispensées du CAPA 1) les magistrats ayant accompli au moins dix (10) années de pratique professionnelle en juridiction et qui auront préalablement démissionné de leur fonction 2) les professeurs agrégés des facultés de droit. Les magistrats et les professeurs agrégés des facultés de droit devront cependant avant la prestation de serment, suivre des cours de déontologie et de pratique professionnelle d'Avocat pour une période d'au moins six (6) mois suivants des modalités définies par le Bâtonnier. L'Avocat admis sur la liste du stage porte le titre d'Avocat-stagiaire et accomplit tous les actes de la profession pour le compte et sous la responsabilité de l'Avocat dans le Cabinet duquel il est admis.
6- Existe-il des incompatibilités de professions dès qu’on est avocat ?
Oui il en existe. La profession d'Avocat est incompatible avec l'exercice de toute autre profession • avec toutes les activités de caractère commercial qu'elles soient exercées directement ou par personne interposée, • avec les fonctions d'associé dans une société en nom collectif, d'associé commandité dans les sociétés en commandite, de gérant d'une société à responsabilité limitée, de président d'une société par actions simplifiées, de président du conseil d'administration, membre du directoire ou directeur général d'une société anonyme, de gérant d'une société civile à moins que celle-ci n'ait, sous le contrôle du Conseil de l'Ordre qui peut demander tous renseignements nécessaires, pour objet la gestion d'intérêts familiaux ou professionnels, • plus généralement avec l'exercice de toute autre profession ou fonction emportant un lien de subordination. Toutefois, l'Avocat justifiant d'au moins sept (7) ans d'exercice effectif de la profession peut être élu aux fonctions de membre du Conseil de surveillance d'une société commerciale ou d'administrateur de société, après avoir sollicité préalablement l'autorisation du Conseil de l'Ordre de son Barreau. La profession d'Avocat est compatible avec les fonctions d'enseignant vacataire. L'Avocat investi d'un mandat parlementaire ou de tout autre mandat électif public est soumis aux incompatibilités édictées par la législation nationale applicable dans son État.
7- En tant qu’avocat aujourd’hui, quels conseils pratiques donneriez-vous à ces étudiants en droit nourrissant ce même rêve ?
Il y a quelque chose dans la persévérance qui finit par forcer le destin.