
1- Présentez-vous s’il vous plait.
Je suis Me ( Maître) Matthey APOSSAN Fannick, 30 ans, célibataire et sans enfants. Huissier de justice associée.
2- Parlez-nous du métier d’huissier de justice.
Un huissier de justice est un Officier ministériel qui est seul habileté à signifier des actes, à faire les notifications, à amener à exécution les décisions de justice ainsi que les actes et titres en formes exécutoires, à procéder au recouvrement amiable des créances et dans les lieux où il n’est pas établi de commissaire-priseur, procéder à la vente publique des meubles et effets mobiliers corporels, ils peuvent être commis par justice ou par un particulier pour faire des constations...
3- Comment devient-on huissier de justice ?
Personnellement j’ai eu un bac littéraire, après j’ai fait des études de Droit à Dakar en sciences politiques et judiciaires, ensuite un MBA en droit des affaires à ISN Dakar. Après je suis rentrée a Lomé soumettre mon dossier pour devenir huissier de justice à la chambre des huissiers de justice pour validation avant d ‘entamer deux ans fermes sans congés ni repos de stages en cabinet d’huissier. A la fin du stage, j’ai constitué dossier composé des même éléments ( diplômes, nationalité, lettre, casier judiciaire etc.… et j’y ai ajouté l’attestation de stage et de bonne moralité ) est acheminé vers le ministère de la justice et garde des sceaux afin de vérifier si je remplis les conditions pour être huissier. Toutes les conditions remplies, le Ministre doit soumettre le dossier au président de la république qui nomme les huissiers par décret. Quand le dossier est acheminé vers le Ministère, on ne fait qu’attendre. Moi il a fallu 4 ans pour être nommée car cela se fait par décret donc on ne peut qu’attendre. Après la nomination, nous avons deux mois pour prêter serment et entrer dans l’exercice de ses fonctions. Cependant les textes de lois prévoient qu’il faut avoir un diplôme du centre de formation des professions de justice option huissier de justice Mais cette école n’est pas encore opérationnelle. Nous sommes la vague de 2023 mais il est probable que les prochaines vagues se passent par concours. L’option huissier de justice aussi change actuellement pour être combiné aux commissaires-priseurs. Je n’étais pas forcément la meilleure, mais j’étais déterminée, c’était un rêve d’enfant et je devais tout donner pour y arriver. En stage, il faut donner le meilleur de vous-même pour que votre responsable ait envie de vous garder à la fin de votre stage en attendant que vous ouvriez votre cabinet ou que vous vous associiez. Cela vous permettra d’être vraiment coachés au début de votre carrière. Le diplôme seul ne suffit pas, il faut être humble en cabinet, tirer juste tout ce qui peut vous faire grandir, ne pas penser avoir le monopole du savoir et se conformer à ce qu’on vous enseigne car la pratique est différente de la théorie. Ce sera deux années compliquées mais il faut tenir dur car c’est en ce moment qu’on fait ses preuves.
4- Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées lors de votre parcours ?
Les difficultés ont été en majorité personnelles. En effet au cours de mon stage, j’ai fait la rencontre d’un homme avec lequel je voulais faire ma vie. Tout allait bien au début mais avec le temps la relations s’est dégradée et cela m’a fait rentrer en dépression sévère. Cette dépression m’a empêché même de travailler, d’écrire et même de signer. Cela a pris le pas sur mes ambitions, cela a impacté sérieusement mon travail. J’ai failli tout abandonner car étant avec un homme qui m’ a forcée d’une manière ou d’une autre à mettre un frein à mon travail car il se sentait complexé par ce que je faisais. Malheureusement au Togo, il existe encore des hommes qui sont complexés par des femmes, et je conseille à toutes les sœurs de ne point laisser les relations prendre le pas sur leurs rêves surtout quand elles sont jeunes et ont tout à construire. Je remercie vraiment ces dames comme Amé Océane Codjia qui de par leurs conseils quotidiens sur les relations m’ont aidée à sortir de cette relation toxique dans laquelle je me trouvais et qui m’avait littéralement bousillée de l’intérieur. Un jour elle a parlé du fait de demander de l’aide et je l’ai fait. Ses conseils m’ont beaucoup aidée. Je vous conseille de suivre toutes ces personnes qui chaque jour peuvent vous aider et vous donner des solutions à vos combats. J’ai pris des années pour me relever mais cela est arrivé. J’ai dû demander de l’aide à un moment à des spécialistes ( psys) pour m’aider à remonter la pente complètement. Et en cela aussi je veux encourager celles ou ceux qui traversent des moments de dépressions, qui subissent beaucoup de choses de ne pas hésiter à en parler à des spécialistes car même si cela est encore mal vu en Afrique, cela peut vous sauver. J’avais des facilités dans ma vie je ne manquais de rien, mais une seule mauvaise relation a réussi à me transformer en épave. J’imagine qu’il y a de ces personnes qui au-delà de se battre pour leur pain quotidien, doivent en plus se battre contre la dépression, double impact. Force à eux. Au-delà de cela, les 4 années d’attente après mon stage n’ont pas été faciles car je me demandais en permanence quand est-ce que le Président me fera la grâce d’être nominée, et même si j’aurai cette grâce. Il a fallu s’armer de prières et de force mentale pour gérer le stress de cette attente. Il faudra vous y préparer aussi. Je précise que dans tout le corps il y a moins de 20 femmes sur plus de 150 huissiers. En étant femme aussi, cela n’est pas facile, car il faut travailler doublement pour se faire une place et se faire respecter. Donc face à des péripéties sur le terrain pendant votre stage, gardez à l’esprit que vous êtes là où vous devez être, et vous battre.
5- Quels sont les conseils que vous donneriez à vos cadets qui ont envie de suivre vos pas ?
Je leur dirai de s’armer de patience et de courage. Le droit n’est pas un long fleuve tranquille. Pour cela, il faut très tôt se fixer des objectifs clairs à défendre. Et surtout, de ne pas se laisser distraire dans la poursuite de leurs rêves. J’ai commis cette erreur et j’en ai payé le prix. Mais heureusement que j’ai pu à un moment me reconstruire. A toutes les personnes qui traversent actuellement des périodes difficiles sur la route de la poursuite de leurs rêves, je ne leur souhaite que du courage et surtout, qu’ils se disent que c’est passager. Surtout les déceptions en relations qui font toucher le fond, cela passera si tant est qu’on prend conscience qu’on a besoin de sortir de la toxicité. Sur le chemin de la réalisation de vos rêves, vous rencontrerez plusieurs obstacles, de différentes natures, qui diffèrent d'une personne à une autre. Mais le plus important est qu'en tant que femme surtout, vous devez lever la tête avec dignité, vous dire que vous valez tout l'or du monde, apprendre ce que vous ne savez pas d'où l'humilité, et avoir le soupçon de fierté nécessaire pour ne pas tomber bas.











AGO ornella
Waouh quel parcours!!! Félicitations madame et vive la gente feminine????