
"On m'avait dit que ce ne serait qu'un simple voyage"
Oui je suis sûre vous l’avez entendue aussi en quittant Lomé, avec la famille à côté, les derniers conseils de vie et les derniers rappels de la maman (as-tu pris du gari ? du haricot que j’avais attaché pour toi? …). Oui on a coulé des larmes (mais l’impatience de trouver l’autre côté atténuait la douleur). On s’est dit oui et enfin une nouvelle vie, un nouveau départ, etc. Bref Moi j’avais hâte pour tout vous dire. Moi j’avais plus d’attentes que d’appréhensions (ce que je découvrais plus tard me confirmât qu’il fallait avoir d’abord plus d’appréhensions que d’attentes hihi). Je me disais oui c’est chouette tout cela, la chance que j’ai eue (ceux qui me connaissent savent que ce n’était pas évident). Et mes parents ont prononcé cette phrase : « ma chérie ce n’est qu’un simple voyage ne stresse pas surtout, c’est un vol et hop tu rentres dans la routine! » Mon œil maintenant que j’y repense avec ces années de recul. Ah mais ce n’est pas qu’un simple voyage, de quitter son pays (56600 Km2) ) pour un autre continent, à 6500 Km de chez toi. Que l’on le veuille ou pas, nous sommes un peuple chargé d’histoire. Du coup, quitter chez soi pour un autre pays où on constitue « une minorité », parfois combattue, où on ne vous accepte pas tout de go pour diverses raisons, je dirais non, ce n’est pas un simple voyage. Non parce que dès que j’ai atterri à l’aéroport, j’ai marqué une pause pour réaliser ! Ah c’était beau, les hôtesses étaient gentilles etc… mais à peine on a le temps de contempler qu'on vous pousse par derrière pour que vous fassiez de la place, il y en a qui sont pressés ! Oui d’accord, c’est noté. Ah les bagages ! Très important car maman va demander après si tu utilises son Gari ! Heureusement, une belle chose ici, tout est écrit, on n’a pas besoin de demander tout le temps. Bagages pris, il faut sortir toute seule de l’aéroport, avec 3 gros bagages ! Activez vos méninges, mission impossible ! Mais on prend une bonne inspiration et hop on charge. Étant donné que j’avais trouvé un logement avant d’arriver, il fallait juste trouver le bon chemin avec l’adresse pour y arriver. Parfois avec un peu de chance on vous accueille et on vous conduit jusqu’à votre résidence. Pour ceux qui avaient un logement provisoire, ils ont dû en baver pour en trouver car vous ne vous rendez compte de votre condition que lorsque vous appelez pour visiter une chambre libre, vous arrivez, on vous dit qu’elle est prise, mais que l’on continue par faire visiter aux autres. C’est juste Vous le problème. Mais on en trouve toujours quand même rassurez-vous. C’est qu’il ne faut juste pas s’attendre à ce que ça soit facile simplement. Non ce n’était pas un simple voyage parce qu’après, laissés à vous-même, tout commence ! Trouver où son école se trouve, ce qui implique apprendre à une vitesse que vous n’auriez jamais imaginée à maitriser les lignes de bus, directions, métros, tramways et trains. Un petit conseil que je n'avais pas eu, c'était qu'il fallait tout noter pour mieux se retrouver. Croyez-moi même Einstein aurait du mal à cette allure. Je disais donc qu’il fallait trouver son école, régler les formalités administratives, tel papier, tel autre, vous devenez un classeur ambulant, vous sortez avec tout, même votre carnet de vaccination haha ! Non ce n’est pas un simple voyage parce qu’entretemps, on évolue dans une société nouvelle, on est différent et cela se sent, à nos airs constamment hésitants et dubitatifs, on est différents car on ne sait pas utiliser telle machine, tel gadget. On est différents car on a une couleur, une histoire, des habitudes…Parlons en des habitudes. Chez moi à Kara, quand tu passes sans dire bonjour à la voisine elle ira dire à ta maman que tu es impolie. Ici j’ai salué à tort et à travers, on m’a regardé et demandé « on se connait ? » ! je vous laisse penser à votre propre réaction ! Donc comment garder les habitudes de chez soi tout en étant vivant dans une société différente ? C’est une colle. Mais l'on arrive très vite à comprendre quand dire bonjour ( au chauffeur de bus quand on monte, à la caissière au centre commercial...) et quand ne pas le dire ( rentrer dans le bus et saluer tous les passagers à tour de rôle, saluer à tout va les inconnus dans la rue, sauter sur les conversations des autres...). C’est juste différent, il faut s’adapter. Et enfin la rentrée arrive, on est content, tout émoustillé à l’idée d’accomplir une chose finalement… Je dirais que c’est assez mitigé comme sentiment ce que l’on ressent à la fac. Entre le fait de chercher du regard un « frère », le fait de chercher à se faire de nouveaux amis étrangers, on ne sait pas vraiment quoi dire, quoi faire. Parce que si vous vous y allez trop vite en besogne, essayez de plaire à n’importe quel prix, on vous évite, et si vous restez dans votre coin, vous êtes ignoré. Entre aussi certains profs qui vous font remarquer que votre accent n’est pas politiquement acceptable, que votre syntaxe doit être améliorée, que certaines expressions sont dépassées, on ne sait plus où mettre la tête. Bref, la faculté ou l’école est un peu la bête noire au début car c’est l’immersion totale avec ses hauts et ses bas ! Il fallait s’adapter et vite ! Par ailleurs, on se dit qu’il faut trouver un boulot pour arrondir les fins de mois car on a beau être préparé financièrement, cela ne suffit jamais. Quand le calcul devient votre second nom, sans parents, ni amis dans un lieu étranger, même Pythagore ne se retrouverait pas ! Voilà il faut apprendre à faire des CV (d’ici pas comme chez nous), s’abonner à tous les sites d’offres d’emploi…Et il faudrait voir pour quel genre de boulot ! Femme de ménage, gardien de nuit, baby Sitter, etc. Pour quelqu’un qui vient de Kara, avec sa petite vie, avouez que ça fait bizarre de postuler pour être femme de ménage, et surtout essuyer des refus le plus souvent ( c’est surtout ça qui fait bizarre haha)! Ah la vie est dure ! Non elle n’était pas encore dure croyez-moi car quand les envois de candidature ne marchent pas, on prend son courage à deux mains et on fait du porte à porte, on tourne dans les hôtels, boutiques, magasins pour déposer son cv en espérant que l’on vous rappelle (ce qui arrive 1 fois sur 3). On se prend des murs, des regards, des remarques, et j’en passe. A cela ajoutez le froid auquel on n’est jamais habitué, ni jamais assez préparé! Et…quand on trouve finalement des petits boulots. Ouf ! Il faudrait juste gérer les collègues mais on apprend sur le tas et on s’entraine socialement chaque jour qui passe afin de coller au moule, afin de ne pas choquer ni paraitre insolent. Et rentrer à 00h pour reprendre un autre boulot à 5h du matin (ça c’était moi et ça a été difficile au début). Sans compter les cours et la façon d’étudier ici qui est différente…non ce n’était pas un simple voyage. Je me souviens de la fois où, m’étant arrêtée pour demander ma route, on m’a évitée, esquivé mes bonjours comme si j’avais la peste ou la gale ! Avec du recul j’en ris aujourd’hui mais croyez-moi, quand je me suis regardée après dans le miroir, je me suis demandée ce qui clochait chez moi. Ma peau, mon habillement, quoi ? C’est vrai que j’avais porté des fausses chaussures de marque Nike achetées à 5000 (rires) et que je n’avais pas encore pris les couleurs locales mais quand même… J’ai juste compris que c’était des questions sans réponse, c’est la vie, on ne peut demander aux autres d’être comme nous, on les accepte ainsi. Il y a des beaux et des moches partout, il y a des arrogants et des personnes bienveillantes partout. Que ce soit au Togo ou à l’étranger. Le plus important est comme le disait Albert Camus est de se rappeler :« il y a plus de choses à aimer chez les hommes que de choses à mépriser ». Alors j’ai choisi le bon côté des autres et je m’y suis accrochée. Mon voyage n’est pas fini croyez-moi, contrairement à ce que mes parents ont dit « ce n’est qu’un simple voyage ». Non ce genre de voyage ne finit pas, il continue au quotidien, il vous mène à la rencontre de votre propre « moi », il vous pousse dans vos retranchements les plus profonds, il vous pousse à vous poser des questions sur vos racines, vos valeurs, votre identité en tant qu’être humain. Je le dirai encore et encore, le mental, il faudrait l’avoir, et pas un mental mou comme une éponge. Il faut être prêt à recevoir des coups, mais à se relever immédiatement. Mais, au-delà de ces péripéties, de ces aléas de la vie, ça forge une personnalité. Ça ouvre l’esprit, et surtout on s’ouvre à un monde jusque-là inconnu.
« Ce n’est qu’un simple voyage », cela résonne encore dans mes oreilles! Oui c’était un vol à prendre, mais un vol qui impliquait une vie, qui impliquait une personnalité à construire, un vol duquel…on revient forcément différent, d’une manière ou d’une autre.

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2 Commenttaires
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Hénok
Merciiiii pour cet article. On ne nous parle jamais vraiment de ce qu'il y a de l'autre côté. C'est un peu comme dans SNK et nous on est les eldiens???? Félicitations et courage à vous






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Hénok
Merciiiii pour cet article. On ne nous parle jamais vraiment de ce qu'il y a de l'autre côté. C'est un peu comme dans SNK et nous on est les eldiens???? Félicitations et courage à vous